Pablo Neruda - Si me olvidas

Pablo Neruda - Si me olvidas
Si tu me olvidas
(Pablo Neruda)

Si tú me olvidas
Quiero que sepas una cosa
Tú sabes cómo es esto :
Si miro
La luna de cristal, la rama roja
Del lento otoño en mi ventana,
Si toco
Junto al fuego
La impalpable ceniza
O el arrugado cuerpo de la leña,
Todo me lleva a ti,
Como si todo lo que existe,
Aromas, luz, metales,
Fueran pequeños barcos que navegan
Hacia las islas tuyas que me aguardan

# Posté le vendredi 27 juillet 2007 08:31

Modifié le vendredi 27 juillet 2007 08:47

Ma boutique

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# Posté le vendredi 27 juillet 2007 08:00

Modifié le samedi 28 juillet 2007 09:30

Ma nouvelle

Virginie se hâte dans la rue. La pluie battante cingle son visage. Elle essaie tant bien que mal de maintenir son parapluie pour se protéger, malgré le vent violent qui l'arrache à chaque fois qu'elle le ramène au-dessus de sa tête.

Virginie presse le pas, presque haletante. Plus que quelques mètres. Elle se retourne à plusieurs reprises, inquiète. Des enfants s'amusent à sauter à pieds joints dans les flaques et rient aux éclats alors que leurs mères crient à qui mieux-mieux pour qu'ils cessent ce jeu idiot.
Virginie fait un écart pur les éviter et reprend sa course effrénée. Mais que cherche-t-elle à rattraper ainsi, ou qu'essaie-t-elle d'éviter ?

Elle sonne à l'interphone, pousse une lourde porte métallique, ferme son parapluie, essaie d'arranger tant bien que mal ses cheveux décoiffés par le vent qui fait rage, là dehors. Puis elle prend l'escalier de droite, monte rapidement les marches de marbre, elle n'en finit pas de monter. Quelque peu essoufflée elle arrive enfin, sonne, ouvre la porte et entre.

Elle prend place dans une minuscule pièce, s'assied sur un des fauteuils de rotin défraîchi.

Virginie a 35 ans. C'est une femme tout ce qu'il y a de banal ; pas très grande, un peu ronde, avec de longs cheveux bruns qu'elle a du mal à maîtriser. Son visage est commun ; de petits yeux noisette inexpressifs, une bouche pulpeuse à souhait mais sans sourire, les traits quelque peu tirés de quelqu'un qui n'a vraisemblablement plus dormi depuis pas mal de temps. Mais avec, tout de même, ce quelque chose d'indescriptible, un charme à peine perceptible qui la fait paraître belle, qui fait que l'on se sent attiré, que l'on a envie de l'aborder, de lui parler, de percer le mystère qui l'entoure. Sa jupe noire tombant sur ses chevilles ne laisse rien entrevoir de son anatomie et son pull-over rose fuschia quoique quelque peu près du corps ne laisse pourtant rien paraître de ses formes féminines. C'est une femme tout à fait banale de celle que l'on rencontre dans la rue et qui ne laisse aucune trace, sur laquelle on ne se retourne pas. Une anonyme que l'on croise sans y prêter la moindre attention.

Virginie est assise, croise ses jambes, les décroise, les recroise. Ses doigts pianotent nerveusement sur ses genoux, inlassablement. L'homme qui est assis en face d'elle semble intrigué par ses gestes, se prend à la regarder avec insistance. Le regard de Virginie croise malencontreusement le regard bleu azur de l'inconnu face à elle. Presque coupable elle baisse les yeux et ses joues rosissent de confusion. L'homme gêné par ce comportement inattendu détourne son regard et replonge dans sa lecture. L'ambiance est électrique, lourde, glaciale. On pourrait presque entendre la respiration de ces deux êtres humains obligés de cohabiter en cet instant dans cette pièce minuscule, même si Virginie s'applique à retenir presque la sienne au risque de défaillir. Elle ne veut surtout pas que l'on l'a remarque. Que l'on sache.

Elle est là depuis quinze bonnes minutes maintenant et ne peut s'empêcher de poursuivre toujours les mêmes gestes ; elle croise et décroise inlassablement, mécaniquement ses jambes. L'homme semble à présent excédé par son comportement. A chaque geste de Virginie il lève la tête de sa revue, puis replonge aussitôt son regard afin de ne surtout pas rencontrer le sien. Mais, Virginie ne le voit pas... Elle pense à sa vie, à son mari, à ses enfants, sa seule raison d'être.

Lorsque la porte s'ouvre enfin elle est encore dans ses pensées. Une femme d'une élégance rare en sort. Malgré son âge avancé, environ soixante-cinq ans, elle porte un tailleur prince de Galles et des bas couture, des talons hauts , arbore des bijoux rutilants. Son allure ne peut échapper au regard de l'homme qui fait face à Virginie. Il risque un sourire et la femme répond aussitôt par un sourire des plus gracieux, ce qui satisfait pleinement ce dernier.

Un homme apparaît sur le pas de porte. Il doit avoir dans les cinquante ans, est assez grand, brun avec de larges moustaches et des lunettes qui couvrent une grande partie de son visage. Il prie Virginie d'entrer. Mais celle-ci n'a pas quitté ses pensées et n'entend pas. Elle semble comme hypnotisée, le regard vide d'expression, fuyant, fixant avec insistance un des murs de la pièce. L'homme s'approche alors et lui tapote l'épaule. Elle sort subitement de sa torpeur, sursaute, se lève et le suit.

Elle vient régulièrement ici, le même jour de toutes les semaines, mais la pièce immense la surprend toujours. Les murs vert pastel l'apaisent. Elle retrouverait presque une certaine sérénité malgré le mal qui la ronge. Une fois encore elle lui raconte tout et lui reste là à l'écouter, écouter le film sordide de sa vie, la chronique d'une vie ratée.

D'abord, Il y a eu cette première rencontre, ce premier amour, ce premier mariage, le plus beau jour de sa vie ou elle avançait fièrement dans sa robe immaculée au bras de son père, fier lui aussi. Et puis ce premier enfant qu'elle aimait tant et qui lui avait procuré tant de joie. Elle avait applaudi son premier mot, sa première dent, son premier pas, son entrée à l'école maternelle........Ah comme elle l'aimait. Et puis tout avait basculé. Son mari qu'elle adorait plus que tout l'avait trompée. Tout s'écroulait. Tout était allé très vite ; des cris, des hurlements, l'indifférence, les avocats, le divorce. Son premier échec.

Et puis, elle avait rencontré ce bel étranger dont elle était tombée éperdument amoureuse. Il lui en avait fait des promesses .... Qu'il n'a jamais tenu d'ailleurs. Le deuxième enfant est arrivé. Il ne l'a jamais connu, n'a pas cherché à le connaître et a préféré fuir au troisième mois de grossesse, la laissant ainsi seule avec deux enfants.

Puis cet autre qui avait l'air si bien, si travailleur (enfin c'est ce qu'elle pensait), beau parleur... beau menteur oui plutôt. Il l'avait demandé en mariage. Elle avait accepté car elle l'aimait et allait enfin trouver la vie de famille dont elle avait toujours rêvé. Ils allaient avoir un bébé, cela était magnifique, ils faisaient plein de projets. Elle avait été la plus heureuse des femmes. Le début de sa grossesse se passait à merveille, elle était épanouie, elle l'aimait et il l'aimait (enfin c'est ce qu'elle croyait, pauvre idiote qu'elle était). Un matin pourtant, sans savoir pourquoi, il est parti et n'est jamais revenu. Ce jour là elle avait eu envie de mourir, d'enjamber la fenêtre de son appartement au 9ème étage. Tant pis pour elle, tant pis pour le bébé qu'elle portait et qui devait arriver le mois suivant. Que serait son avenir seule avec trois enfants, personne pour lui tenir la main lorsqu'elle allait accoucher, personne pour la soutenir dans cette difficile tâche d'éducation des enfants ? Elle s'était sentie réellement désemparée. La vie n'avait plus aucun sens. Elle n'attendait plus rien de cette chienne de vie qui lui avait donné, laissé entrevoir le bonheur à trois reprises, puis le lui avait repris à chaque fois avec ce cynisme comme pour lui faire comprendre qu'elle était incapable de protéger le cadeau que le destin lui offrait.

Bien sûr depuis, elle avait rencontré cet homme qu'elle avait épousé voilà quatre ans. Il l'avait prise elle et ses trois enfants, l'aimait, aimait ses enfants comme les siens, la comprenait et faisait tout ce qu'il pouvait pour la rendre heureuse. Mais les démons du passé ressurgissaient sans cesse l'empêchant de savourer son nouveau bonheur. Cet homme faisait preuve d'une grande patience, supportait ses sautes d'humeur – elle ne pouvait d'ailleurs pas les maîtriser – Il comprenait tout ce qu'elle avait vécu, respectait ses réactions, son manque de tendresse, sa violence même parfois. Elle souffrait de cela car elle s'en voulait de ne pas pouvoir lui montrer pleinement l'amour qu'elle ressentait pour lui. Elle ne laissait transparaître que haine et indifférence à son égard alors que son c½ur était là, bouillonnant, prêt à éclater pour lui avouer enfin qu'elle l'aimait vraiment, qu'il était sa raison d'être. Elle aurait voulu se jeter dans ses bras, sans retenue et lui manifester tout l'amour qui restait là prisonnier de son corps, de son c½ur. Ses enfants, bien qu'épanouis, ne comprenaient pas toujours pourquoi leur maman pouvait être à la fois distante, aimante, heureuse, malheureuse.

Elle ressentait un profond mal-être, l'empêchant de vivre. Elle était prisonnière de son passé, passé dont elle avait été la victime. Enfermée dans ses émotions, mais sans pouvoir exprimer et extérioriser ce qu'elle ressentait. Son c½ur était comme mort et pourtant elle le sentait battre très fort dans sa poitrine comme criant au secours, prêt à exploser, à s'ouvrir, attendant juste le déclic qui lui permettrait de se dévoiler complètement, de mettre tous ses sentiments les plus profonds à nu, sans retenue, sans pudeur. Elle aurait voulu pouvoir crier son désarroi, la douleur qu'elle ressentait depuis toutes ces années et qu'elle retenait en elle, que toute cette ranc½ur sorte enfin comme un grand cri, la libération de tout son être, un cri de jouissance profonde qui la conduirait enfin vers une sérénité bien méritée.

Bien sûr, après son premier échec, elle aurait pu vivre avec son fils et ne pas chercher à « refaire sa vie ». Mais, elle avait entrepris cette quête de la vie de famille idéale, celle qu'elle avait perdue en quittant ses parents à l'âge de 18 ans pour aller travailler « à la capitale » (comme on disait ici en province). Non, elle n'avait pas pu rester sur un échec et était persuadée qu'elle atteindrait son but, ce qui l'avait peut-être conduite, d'ailleurs, à ouvrir son c½ur à quiconque se montrait un peu gentil avec elle. Elle n'était pas niaise. Elle ne pouvait tout simplement pas vivre sans un homme à ses côtés, même si pour cela elle devait devenir sa victime. Cette recherche perpétuelle d'un idéal l'avait conduite à accumuler les échecs. Pendant toutes ces années elle n'avait fait que vivre par procuration.

Pourquoi était-elle venue ici d'ailleurs ? De toute façon elle en ressortirait toujours aussi abattue, toujours aussi frustrée de ne pas savoir. D'ailleurs saurait-elle un jour, parviendrait-elle à découvrir ce qui, dissimulé en elle, sournoisement l'empêchait d'être heureuse. C'était la dernière fois qu'elle venait ici. A quoi bon cela servait-il ? Cela ne faisait que ranimer à chaque séance le mal-être qu'elle essayait d'oublier, mais ne parvenait pas à calmer le volcan bouillonnant en elle et qui menaçait toujours de rentrer en irruption. Elle le sentait dans tout son corps, son ventre, son estomac, sa poitrine, tout lui faisait un mal atroce et plus elle essayait de savoir plus ce mal insidieux la rongeait et la faisait souffrir.

Pourtant, ce jour là, alors que la pluie battait fortement les carreaux, elle avait ressenti quelque chose. Elle s'était levée, l'homme l'avait suivie. Elle s'était recroquevillée dans un coin de la pièce, repliée sur elle-même, craintive comme un petit animal apeuré. L'homme, son psychiatre lui avait alors saisi fortement les mains.

Et, là elle s'est revue, enfant dans cette pièce sombre. Un homme grand, puissant, au visage rougi et aux yeux révulsés se tenait devant elle, un gros ceinturon de cuir à la main et elle, elle l'implorait « non papa, s'il te plaît, papa, pas ça....pas ça ». Ce n'était pas de sa faute (même s'il avait souvent recommencé par la suite), il avait bu... Et elle, elle avait enfoui tout cela au plus profond de sa mémoire. Bien triste soir qui avait modifié tout le cours de sa vie.

©

# Posté le vendredi 27 juillet 2007 07:58